Soif de vivre
Je nais le 11 août 1973 à Paris et je grandis principalement en banlieue parisienne. À sept ans, mon père meurt brutalement. Comme personne ne m’explique vraiment ce qui s’est passé, je m’imagine qu’il est mort en dormant… et que je peux, moi aussi, mourir dans mon sommeil. Je me dis alors chaque matin au réveil : « Chouette, je ne suis pas morte. Encore un jour à vivre ! »
Bête et méchante
Avec l’angoisse de la mort et un deuil que je ne sais pas comment traverser, je deviens une enfant turbulente. Étudier n’a aucun sens pour moi. Je ne pense qu’à jouer et m’amuser. Comme je suis très souvent punie pour mes mauvaises notes, ma dissipation et mes colères, je finis par croire que je suis bête et méchante.
Faire du bien
Souvent seules à la maison, notre mère, commerçante, rentre tard, nous nous battons entre sœurs. Jusqu’au jour où, à 13 ans, j’ai peur de blesser une de mes sœurs. Je me promets désormais de faire le bien autour de moi. C’est là que je commence à masser.
Kinésithérapie
Plus tard, je décide de devenir masseuse-kinésithérapeute, et de combiner ainsi mes trois besoins essentiels : faire du bien, ne pas passer ma vie assise sur une chaise, et voyager. En 1995, mon diplôme en poche, je m’envole pour un travail aux Antilles. Là-bas, je découvre la voile.
Maternité nomade
Je continue ce mode de vie en tombant enceinte. Je passe deux grossesses à bord, sans suivi médical, et je rentre en Europe, en avion, pour accoucher et voir ma famille. J’apprends à devenir mère en copiant les femmes des pays où je vis et que je traverse : des vies centrées sur les besoins essentiels, dénuées de tout surplus.
Maudite chaise
Alors que mon voilier est basé depuis quelques mois dans un bolong de la Casamance, j’assiste à une cérémonie de femmes. Toutes les femmes âgées du village sont assises à même le sol. Elles se relèvent et s’accroupissent sans aucun problème. Je les compare à mes grands-mères ou grands-tantes qui en sont incapables.
Je découvre alors que l’enraidissement articulaire n’est pas la conséquence du vieillissement : il n’y a pas de chaises dans le village. Le corps perd simplement une capacité lorsqu’elle n’est plus utilisée. C’est une révolution pour moi. Je deviens Diktatrice bien-être, pour mettre fin au diktat de la chaise !
Clitoris et accouchement
En 2004, lors de la naissance de mon deuxième enfant, voulue à domicile, la sage-femme ne vient pas à temps et j’accouche seule, dans la douche, en découvrant le rôle du clitoris dans ce processus physiologique. J’accoucherai aussi de mes deux autres derniers enfants à la maison, sans assistance.
Guérir grâce à la musique
En 2007, je pose mes valises aux Açores. Alors qu’arrive mon troisième enfant, mon compagnon devient de plus en plus violent, verbalement puis physiquement, ce qui met fin à notre relation. Commencent alors quatre longues années de harcèlement, d’errances judiciaires et de maltraitances policières.
Un jour, à la recherche de ma paix intérieure, j’écris un poème comme un mantra et je prends ma guitare. Une heure plus tard, je vis l’un des moments les plus heureux de ma vie : je viens de composer ma première chanson ! Grâce à la musique, je guéris peu à peu et commence à comprendre pourquoi j’attirais des hommes peu respectueux de mes besoins et de ceux de mes enfants.
Premier radis
Aux Açores, je cultive mon jardin. En cueillant mon premier radis, je réalise qu’en cultivant de quoi nous nourrir, j’ai besoin de gagner moins d’argent. L’autonomie alimentaire devient ma seconde priorité. J’achète des terres au bord d’une rivière, dans une vallée isolée, j’y plante des arbres fruitiers et clôture les pâturages pour y mettre quelques moutons.
Nouvel amoureux
Je m’engage dans une nouvelle relation avec un compagnon profondément soutenant et aimant, lui aussi voyageur, et il trouve sa place dans notre famille. Un quatrième enfant s’ajoute à la fratrie. Nous continuons à voyager régulièrement, mais les enfants font leur révolution : ils ne veulent plus rater l’école. Nous profitons de cette sédentarité forcée pour construire une belle et grande maison, pleine de chambres, pour y accueillir enfants, famille et amis, puis des chambres d’hôtes, car le tourisme se développe aux Açores.
Marin du Brésil
En tant que masseuse-kinésithérapeute, j’applique les principes bio-articulaires que j’ai découverts en Casamance. Je finis par élaborer une technique de massage qui décomprime les articulations. Profondément soulagés, les patients reviennent. Un patient entend même parler de ces soins par un marin au Brésil ! Je comprends que cette méthode est efficace et que les patients l’approuvent. En 2022, je décide d’écrire le livre de la méthode de massage Expanse pour la partager.
Secouer le tapis
En 2022, les trois aînés ont quitté le nid. Nous repartons en bateau pour trois ans. Je partage cette vie de Maman Nomade dans des livres et sur les réseaux sociaux pour montrer qu’il est possible de ne pas sacrifier ses envies et sa vie de femme lorsque l’on est maman. Partir pendant trois ans, c’est pour moi secouer le tapis de ma vie. Enlever la poussière accumulée, me sentir libre et pouvoir me réinventer.
Être vivant est un renouvellement permanent.